LA MESURE DU TEMPS

150 mq, 2019

Rénovation d’un appartement à Paris, Saint Sulpice, 6ème arrondissement.

 

En couverture de DESIGN ANTHOLOGY UK en septembre 2020:

..”a truly multifaceted project that is nevertheless satisfyingly unified”

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En couverture de AD France, sept/oct 2019:

“Le nouvel esprit parisien…C’est au coeur de la Rive gauche que le duo d’architectes Marcante -Testa a entièrement repensè les volumes de cet appartement, où les rèfèrences jouent le grand ècart.”

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En couverture du livre “Living Collection – le meilleur de la décoration intérieure 2019”, édition spéciale éditée par Living – Corriere della Sera:

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(Texte de Susanna Legrenzi pour Living RCS)

À Paris, elle ne passe pas inaperçue.

C’est la deuxième église la plus imposante après la cathédrale Notre-Dame. Ceux qui la connaissent de près savent que la magnifique église Saint-Sulpice abrite un cadran solaire en laiton ancien, faisant partie d’un instrument scientifique du XVIIIe siècle, réalisé en collaboration avec les premiers astronomes de l’Observatoire de Paris, qui ont utilisé cette ligne pour calculer l’orbite de la Terre. Dans un petit livre en versets cryptiques, elle est appelée “Le Serpent Rouge”. Dans un célèbre roman à succès, “Le Da Vinci Code” de Dan Brown, elle a été baptisée “La Ligne de la Rose”. Et l’histoire pourrait se poursuivre jusqu’à atteindre les pièces d’un appartement qui dialogue, selon les intentions des concepteurs qui ont supervisé la redistribution des volumes et des intérieurs, avec ce signe curieux, repris dans l’architecture lumineuse qui domine le plafond du grand salon.

C’est le studio Marcante-Testa de Turin qui nous le raconte, fondé en 2014 par Andrea Marcante et Adelaide Testa. Pour le New York Times Style Magazine, c’est “l’un des studios les plus innovants sur la scène italienne”. La maison regarde naturellement Saint-Sulpice dans un jeu de références abstraites. Mais elle reflète aussi idéalement le mythe parisien indémodable de la Rive Gauche, avec lequel elle partage ses racines. “Quand la project manager Ashley Maddox nous a mis en contact avec la propriétaire de cet appartement, nous avons commencé à réfléchir aux liens possibles avec le contexte”, explique Andrea Marcante. “D’un côté, bien sûr, Saint-Sulpice, qui nous a inspiré avec son atmosphère ésotérique, de l’autre la scène fiévreuse du Paris des années 70 qui a animé la capitale pendant plus d’une décennie, laissant derrière elle bien plus qu’une simple note nostalgique”.

À cette époque, fille des événements de Mai 68, la scène architecturale parisienne était un véritable chantier ouvert aux expérimentations les plus audacieuses. En témoignent la Tour Montparnasse et le Centre Pompidou, qui ont redessiné le ventre mou de Paris, mais aussi des itinéraires solitaires comme celui de Roger Anger, l’artisan d’Auroville, cité idéale sortie de nulle part en Inde, où le célèbre architecte français construira également sa maison manifeste. “Quand nous avons décidé de revêtir les murs d’argile, nous avons pensé à lui. Et c’est toujours d’Anger que s’inspire également la microarchitecture qui redéfinit les volumes du salon ou camoufle l’entrée”. L’appartement appartient à Pascal Revert, à la tête de la galerie londonienne 50 Golborne, dédiée à l’art et au design contemporains africains. Dans son adresse de Saint-Sulpice, Revert habille les murs de toute la maison avec les œuvres d’émergents d’Afrique et des Caraïbes pour les présenter : “Cette maison était déjà conçue sur papier avec un double objectif”, poursuit Andrea Marcante, “un espace à vivre qui soit aussi un espace pour présenter aux collectionneurs parisiens les œuvres de la galerie”. Libérées des murs, les pièces racontent la passion pour le design d’intérieur du studio turinois, qui a signé plus d’un détail, des céramiques de la salle de bains en grès émaillé Dekorami pour Ceramica Vogue à la cuisine réalisée par Materiadesign. Le reste ce sont des hommages recherchés au design français de la saison dorée et aux géants du design italien. Lignes directrices ? “Il voulait maximiser l’espace. Nous avons commencé en abattant l’ancien dédale de petites pièces avec l’idée de tracer une nouvelle perspective : une tension idéale qui orienterait le regard au-delà des vitres, vers Saint-Sulpice”, ajoute Adelaide Testa. “L’étape suivante nous a amenés à encadrer des matériaux, des formes, des couleurs, des surfaces à transformer en émotions”. Andrea et Adelaide collaborent, en tant que directeurs artistiques, avec différentes entreprises dans le domaine de l’ameublement et des matériaux. L’un de leurs projets les plus récents s’appelle Futuraforma (SEM, Spotti Edizioni Milano), présent à Paris avec les versions personnalisées de la table Duale et du tapis Magico. “L’ironie du nom exprime la volonté de jouer avec des codes et des langages différents, en associant des travaux artisanaux à des matériaux industriels. La référence ? L’école turinoise du design d’intérieur”. Des maîtres comme Toni Cordero, Lorenzo Prando et Riccardo Rosso, qu’Andrea et Adelaide continuent à relire avec passion.

Projet : Andrea Marcante et Adelaide Testa

Collaborateurs : Alessia Castelli, Giada Mazzero

Photographe : Carola Ripamonti